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Douleurs et blessures

Entorse de la cheville : quand reprendre la marche et le sport ?

Par · 30 octobre 2026 · 8 min de lecture

Chevillère souple posée sur une paire de baskets près d’un tapis de sol roulé

Un pied qui se dérobe sur un trottoir, un craquement, et la cheville gonfle déjà. Après une entorse de la cheville, deux questions reviennent aussitôt : peut-on poser le pied par terre sans aggraver les choses, et quand le footing ou la randonnée redeviennent-ils possibles ? Les réponses dépendent de la gravité de la lésion, du gonflement et de la stabilité retrouvée bien plus que d’un calendrier. Une reprise trop pressée expose à la récidive, un repos trop prolongé ralentit la récupération.

En bref

  • Dans une entorse légère ou modérée, la marche et l’appui progressif sont encouragés dès que la douleur les permet ; le sport reprend quand la cheville est sans gonflement, stable et capable de sauter de façon symétrique, et non à une date fixe.
  • Une consultation est conseillée idéalement dans les 24 heures, auprès du médecin traitant ou d’un kinésithérapeute en accès direct, si la douleur empêche de poursuivre l’activité, si la cheville gonfle ou si l’appui reste difficile.
  • Une radiographie se discute selon les règles d’Ottawa, en particulier si quatre pas sont impossibles ou si l’os est douloureux à la pression près des malléoles.
  • La rééducation par des exercices actifs est le traitement de première intention, y compris pour un premier épisode ; elle réduit le risque d’entorses à répétition.

Comment reconnaître une entorse de la cheville et ses trois stades ?

Une entorse de la cheville est un étirement excessif, ou une rupture partielle ou totale, d’au moins un ligament, le plus souvent le ligament collatéral latéral situé sur le côté externe. La Haute Autorité de santé (HAS) la décrit après une chute, un déséquilibre ou un faux pas, avec une douleur vive sur la partie externe du pied ou de la cheville, un gonflement, un hématome et une difficulté à bouger l’articulation.

La gravité se juge à l’examen clinique, et non à l’IRM selon la HAS. Cette classification reste discutée, et les durées de guérison ci-dessous sont des ordres de grandeur issus du Manuel MSD.

StadeCe qui se passeDouleur, gonflement, appuiGuérison (ordre de grandeur)
1Ligament étiré, sans déchirure visibleFaibles ou absents ; perte minime d’appui et de stabilitéDe quelques heures à quelques jours
2Déchirure partielle d’un ou plusieurs faisceauxModérés ; appui et stabilité diminuésDe quelques jours à quelques semaines
3Déchirure complète, parfois avec atteinte de la capsuleSévères ; appui très limité, cheville instableLe plus souvent 6 à 8 semaines

Une cheville « guérie » à la marche n’est pas forcément prête pour le sport : la HAS insiste sur le risque, souvent méconnu, de récidive et d’instabilité chronique.

Quels signes imposent une radiographie ou un avis dans les 24 heures ?

L’impossibilité de faire quatre pas, immédiatement puis au moment de l’examen, ou une douleur osseuse à la palpation de certains points précis imposent une radiographie : ce sont les règles d’Ottawa. Pour la cheville, la douleur osseuse se situe à la pointe de chaque malléole ou dans les 6 cm de leur bord postérieur. Pour le pied, elle se situe sur l’os naviculaire ou à la base du 5e métatarsien.

Un seul critère positif suffit à justifier l’examen. Chez l’adulte de 18 à 65 ans, la HAS rapporte une sensibilité de 99,4 % lorsque ces critères sont appliqués dans les 48 heures : si tous sont négatifs, la probabilité d’une fracture est inférieure à 1 %. Ces tests étant difficiles sous la douleur aiguë, une seconde consultation à distance du traumatisme est recommandée.

La fiche destinée aux patients indique de consulter, idéalement dans les 24 heures, lorsqu’au moins un de ces signes est présent :

  • la douleur empêche de poursuivre la marche ou la course ;
  • la cheville gonfle dans les 24 heures qui suivent le traumatisme ;
  • l’appui sur la cheville reste difficile.

La consultation peut se faire auprès du médecin traitant ou d’un kinésithérapeute en accès direct, dans le cadre d’une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS). Elle sert à écarter une fracture ou une autre lésion, à prescrire une radiographie si nécessaire et à lancer le traitement.

Peut-on marcher sur une cheville foulée, et que faire les premiers jours ?

Dans une entorse de stade 1 ou 2, la HAS encourage la marche et la mise en charge progressive, adaptées aux symptômes, car elles accélèrent la récupération fonctionnelle. L’appui se règle donc sur la douleur : on ne force pas un pas qui fait mal.

Pour la protection de l’articulation, la HAS préfère une attelle souple à une immobilisation rigide dans les stades 1 et 2, associée à des exercices. Dans le stade 3, elle admet une immobilisation de 10 jours au plus, toujours accompagnée de rééducation. Ses repères d’experts vont jusqu’à 2 semaines d’attelle souple au stade 1, et de 2 à 6 semaines d’attelle semi-rigide aux stades 2 et 3.

Le protocole classique repos, glace, compression, élévation ne suffit pas à lui seul : la HAS ne le recommande pas en traitement unique, pas plus que la glace seule. Le Manuel MSD le place néanmoins au début de la prise en charge des entorses bénignes, avec reprise de l’appui dès qu’il est toléré, généralement en quelques jours.

En quoi consiste la rééducation de la proprioception ?

La rééducation travaille l’équilibre, la coordination et la force de la cheville pour qu’elle « sente » sa position et se stabilise seule. Pour la HAS, elle est le traitement de première intention de l’entorse du ligament latéral externe, à mettre en place rapidement, pour un premier épisode comme pour une récidive, quels que soient l’âge et le niveau d’activité.

Elle est dite active : la personne réalise elle-même des exercices, dans le respect de la douleur. Le contenu est ajusté lors de réévaluations régulières, sans durée standard ni nombre de séances prédéfini. Les recommandations retiennent :

  • des exercices de coordination neuromusculaire, de renforcement et de gestes fonctionnels, plus efficaces qu’une prise en charge sans exercice ;
  • l’association de la mobilité dans tous les plans, de l’équilibre et du contrôle neuromusculaire à la course, au saut et à la réception ;
  • des mouvements multidirectionnels, des sauts et des réceptions sur une jambe, car les exercices proposés sont souvent trop simples et limités à un seul plan.

Quand reprendre le sport après une entorse de la cheville ?

La reprise du sport se décide sur des critères mesurables, pas sur un nombre de semaines : la HAS ne fixe aucun délai prédéfini et décrit trois étapes successives, le retour à la participation, le retour à la pratique sportive, puis le retour à la performance du niveau d’avant la blessure.

Allongent le délai : une douleur ou un gonflement pendant l’activité et dans les 24 heures qui suivent, des déficits de mobilité, de force ou d’équilibre, une faible confiance dans la cheville et l’impossibilité de réaliser une séance complète. Les tests de saut servent de repère : une différence de moins de 10 % entre les deux jambes, soit un score supérieur à 90 %, réduit le risque de récidive. Un sujet qui atteint ce chiffre peut rester exposé si l’impulsion ou la réception est de mauvaise qualité.

Pour une reprise de la course, l’article sur l’endurance fondamentale donne un repère d’allure de départ. Si la douleur et le gonflement persistent à 3 mois, la HAS observe un risque de récidive plus élevé : cela justifie de refaire le point avec le médecin ou le kinésithérapeute.

Comment éviter la récidive d’une entorse de la cheville ?

Les exercices d’équilibre et de renforcement sont la mesure de prévention la mieux étayée, d’abord après un premier épisode, puis après des récidives. Dans les méta-analyses citées par la HAS, l’entraînement à l’équilibre réduit l’incidence des entorses de 38 % et le port d’une orthèse de 64 %.

Une attelle souple ou un strap est recommandé pendant l’activité physique. Pour les stades 2 et 3, les experts proposent une attelle ou un strap entre le 5e et le 7e jour, jusqu’au 21e jour. La HAS cite aussi comme facteurs modifiables le déficit de force et de stabilité entre la cheville et la hanche, et l’adaptation de la pratique sportive.

Questions fréquentes

Peut-on voir directement un kinésithérapeute après une entorse ?

Oui, dans le cadre de l’accès direct organisé au sein d’une CPTS, selon la fiche patients de la HAS. Si une entorse du ligament latéral externe est confirmée, la rééducation commence dès que possible.

Les règles d’Ottawa valent-elles pour un enfant ou après 65 ans ?

Pour la cheville, elles s’appliquent à partir de 2 ans selon le Manuel MSD, et la HAS rapporte une sensibilité de 100 % chez l’enfant de plus de 5 ans. À partir de 65 ans, les auteurs cités par la HAS suggèrent plutôt une radiographie de la cheville et du pied d’emblée, avec une sensibilité de 99 % et une spécificité de 57 %.

La glace suffit-elle à soigner une entorse ?

Non. La HAS ne recommande pas la glace en traitement unique, et ne la recommande pas non plus de façon prolongée en phase tardive. Elle peut soulager au début, mais la récupération repose sur l’appui et les exercices.

Comment savoir si la cheville reste instable ?

Le questionnaire CAIT, noté sur 30 et composé de 9 questions, sert à repérer une instabilité chronique : un score inférieur à 24 y fait penser. Des entorses à répétition ou une cheville qui lâche sont des raisons de consulter. Selon la HAS, une prise en charge tardive expose aussi à une arthrose précoce.

Une cheville encore douloureuse après 6 semaines est-elle normale ?

Elle mérite un nouvel avis médical. Le Manuel MSD recommande d’envisager des examens complémentaires, comme une IRM, lorsque la douleur persiste après 6 semaines.

Sources

Sources consultées le 30 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.

  • Haute Autorité de santé, « Entorse du ligament collatéral latéral (ligament latéral externe) de cheville : diagnostic, rééducation et reprise de l’activité physique et de la pratique sportive », synthèse, has-sante.fr, avril 2025. Adresse : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2025-05/reco475_entorse_cheville_synthese.pdf
  • Haute Autorité de santé, « Votre cheville est douloureuse : est-ce une entorse ? », fiche usager, has-sante.fr, mars 2025. Adresse : https://has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2025-05/fu_entorse_cheville_document_usager.pdf
  • Haute Autorité de santé, « Entorse du ligament collatéral latéral de cheville : argumentaire », has-sante.fr, 2025. Adresse : https://has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2025-05/_reco475_entorse_de_cheville_argumentaire.pdf
  • Haute Autorité de santé, « Boîte à outils : entorse latérale de cheville », has-sante.fr, 2025. Adresse : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2025-05/_reco475_entorse_cheville_boiteaoutils.pdf
  • Manuel MSD, « Entorses de la cheville », édition professionnelle, msdmanuals.com, mis à jour en octobre 2025. Adresse : https://www.msdmanuals.com/fr/professional/blessures-empoisonnement/entorses-et-autres-lésions-des-tissus-mous/entorses-de-la-cheville

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